C'est carrément au niveau mondial que l'annonce des nouvelles mesures anti-P2P proposées par le Directeur de la FNAC et validées par Nicolas Sarkozy, émeuvent tous les internautes. Le principe en est fort simple, le rôle de policier du net, de filtrage, et de sanction reviendra à une "Commission parallèle à la justice" qui ordonnera aux opérateurs techniques que sont les fournisseurs d'accès de clore les comptes des contrevenants.
Tout "excès" de téléchargement sera simplement sanctionné par une suppression de l'abonnement à Internet. Un fichier national, que l'on peut par analogie comparer à celui des interdictions bancaires, permettra aux Fournisseurs d'accès de savoir si un internaute est "banni" ou non de l'accès à internet.
Il est rare qu'un pouvoir de sanction, soit transféré directement à une "Autorité technique" et qu'en fait la Justice soit ainsi court-circuitée, au risque majeur de spolier l'approche "contradictoire" à laquelle à le droit tout justiciable dans notre pays. En fait, selon les premières réactions d'Associations de Consommateurs, cette approche est qualifiée d'anticonstitutionnelle. François Miterrand avait oeuvré pour supprimer de telles aberrations, elles sont aujourd'hui réinventées par les politiques en place.
Parmi les points qui qualifient toutes ces avancées, on notera l'exclusion de l'AFA des dernières négociations. L'AFA étant l'Association des Fournisseurs d'Accès, lesquels sont d'un point de vue technique, les gendarmes priés d'appliquer les sanctions d'éviction à l'égard des internautes qui accessoirement sont leurs clients. Ne serait qu'au regard de ces deux points, à savoir leur rôle d'exécutif, et leur rôle de représentant des usagers, il est assez indécent qu'ils aient été refoulés au stade de la validation des négociations. Ou quand le déterminisme politique confine à la tyrannie technique par l'exclusion des techniciens eux-mêmes.
On échappe toutefois au specte du Radar du Web, c'est-à-dire au système d'avertissements et d'amendes automatisées qui avait été évoqué il y a quelque temps. Mais attention, cela n'exonère en rien les personnes utilisant les réseaux de P2P de leurs responsabilités juridiques encourues et pouvant atteindre des sommes hors de portée de la plupart des individus financièrement normalement constitués. Cela ne constitue donc pas un adoucissement juridique du délit caractérisé par l'échange d'oeuvres numériques protégées, mais simplement un pallier répressif supplémentaire.
Deuxième couche, selon l' Association UFC Que Choisir, qui ne décolère pas sur ce qu'elle juge être un mesure liberticide, un système généralisé de filrage des connexions des internautes sera installé d'ici 24 mois en renforcement de tout cela. Big Brother arrive avec ses bottes de sept lieues et pourra bientôt tout savoir de ce que vous faites sur le net... tout cela pour défendre les intérêts des marchands du temple ! Il est vrai que l'on est bien loin de la "philosophie internet" d'il y a quelques années.
Si Nicolas Sarkozy s'enorguellit de "l'Avènement d'un Internet civilisé", il n'en reste pas moins qu'une telle approche consiste tout simplement à remettre les clés du net à des marchands, et non pas comme on veut nous le faire croire aux artistes dans leur ensemble pour qu'ils puissent tirer les meilleurs profits de leurs créations. Cela contribue à fausser le jeu de l'adaptation aux évolutions naturelles du marché, dans la mesure où ces mêmes majors ont montré depuis plusieurs années leur quasi-incapacité à s'adapter à l'ère numérique en se cramponnant assez pitoyablement à leurs bons vieux schémas de vente, où ils sont les premiers à s'engraisser sans scrupules sur le dos et des artistes et des consommateurs. Il n'existe plus aucune justification "matérielle" pour que la musique et les films continuent d'être commercialisés à des prix prohibitifs. Pouvoir profiter de l'effet mass-media apporté par le Net tout en conservant les marges commerciales autrefois justifiées par la "matérialité de la distribution" dans un cadre tout nouvellement légalisé est donc le cadeau du jour, du corps politque qui fait allégeance à une industrie bien plus concernée par sa conscience commerciale que politique.
Tout acte de gestion constitue potentiellement un acte d'ingérence vis-à-vis de l'une des parties quand il y a un arbitrage. Et quand de l'arbitrage on passe à l'arbitraire, et que les Juges sont également parties (eh bien oui, être PDG de la FNAC ce pas d'une neutralité à toute épreuve), on spolie les utilisateurs qui devront continuer à payer le prix fort. Moralité on obtient le crontraire de ce que l'on avait promis. Une incurie qui malheureusement détermine bien trop souvent les actions menées par des instances politiques vis-à-vis des intérêts privés.
Ce qui est quand même assez délirant dans tout cela c'est que comme d'habitude, c'est l'individu "moyen" qui va trinquer. En effet, le premier "pirate en herbe" venu utilisera très vite, de façon systématique un système de cryptage pour ses échanges et échappera aux contrôles mis en place. Et puis quand une clé USB à 20 € peut désormais contenir plus de 1000 chansons, comment empêcher deux écoliers de s'échanger 2000 titres au cours de la récré ! Le P2P est loin d'être le seul vecteur de la dématérialisation des oeuvres musicales et des films, alors cette loi risque d'accroître à vitesse grand V les facteurs qui sonneront le glas de sa finalité, et il faudra à nouveau légiférer pour légitimer la confiance que les lobbyings ont placé dans nos éminences politiques.
Bon, la bonne nouvelle, c'est que comme il sera "impossible" de télécharger, et bien ils vont nous supprimer illico les taxes sur les disques durs, les CD, les DVD, les clés USB et autres... Comment ça non ? Excusez-moi, je dois manquer de logique !